Comment en parler à son entourage ?

Une aide psychologique peut être nécessaire pour appréhender le fait de devoir annoncer sa maladie à ses proches.

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Ce mois-ci, Giacomo Di Falco, psycho-oncologue au CHU de Lille, nous propose de revenir sur la question de l’annonce de la maladie aux proches. Il peut en effet, être essentiel de parler plutôt que de conserver la nouvelle, et ce afin de pouvoir partager et être épaulé durant le parcours de soins.

« Les vérités sont des fruits qui ne doivent être cueillis que bien mûrs. » VOLTAIRE

Témoignage

« Je n’ai jamais trop aimé faire des mystères !… D’habitude je suis quelqu’un de franc, et j’apprécie aussi que les autres le soient avec moi. Mais là, c’est trop, vraiment trop… Tout ce que je croyais à ce sujet-là est complètement chamboulé. Comment je vais pouvoir dire ça à mon mari ? Ça va lui mettre un sacré coup ! En plus je vois bien qu’il est un peu fragile en ce moment, il vient de quitter son boulot, pour changer complètement d’activité… Et le dire aux enfants, alors là je n’arrive même pas à l’imaginer… Ils sont si jeunes, je ne peux pas leur faire ça !… Ça va mettre leur vie en l’air. Ça n’est pas possible…La seule chose dont je suis sûr, c’est que je n’en parlerai pas à mes collègues de travail. Ils ne vont plus me regarder de la même manière, et je ne le supporterai pas. Mais mon mari, et mes gosses… je ne peux pas ne pas leur dire… comment je vais bien pouvoir faire ? … » Sylvie, 57 ans

Certes, ce n’est pas simple pour le médecin d’annoncer votre diagnostic. Mais ça ne l’est pas davantage pour vous qui devez l’annoncer à vos proches. En effet, il semble de prime abord que vous ayez le choix de garder cette information pour vous, bien que ce ne soit pas une piste qui apaise la situation.

Le dire ? Et si oui, à qui le dire ? Garder cela secret ? Envers qui ? Non, ces questions ne sont pas simples du tout pour vous, et peut-être même que vous ne savez pas comment les appréhender au moment où vous lisez ces lignes.

Le médecin vient tout juste de vous annoncer la maladie. Tant de points d’interrogation se posent déjà à peine la consultation terminée. Tant de questions qui restent sans réponses pour l’instant dans le vacarme de vos pensées qui fusent dans tous les sens : celles sur la maladie, mais aussi celles sur « la vie », les projets, qu’il faudrait mettre en suspens, les questions que vous n’avez pas osé poser au médecin et aussi celles que vous avez oubliées… Et l’une des premières questions qui arrive est sans doute celle-ci : comment vais-je annoncer cela aux autres ? Votre employeur ou encore votre conjoint, les enfants, les parents, les amis… Comment annoncer cette information sensible que vous même bien sûr, vous auriez préféré ne pas entendre.

Ce qui se passe dans votre tête

Jusqu’à plusieurs semaines après l’annonce, il est très probable que votre esprit reste sidéré par le choc psychologique de l’annonce. Vous avez beaucoup de difficultés pour vous concentrer, il vous arrive peut-être plus souvent d’égarer des objets, et parfois vous oubliez un rendez-vous. Rassurez-vous, cet état va s’améliorer au fur et à mesure que vous aurez eu un peu de temps, pour avoir plus de réponses d’abord, mais pas seulement : il vous faut aussi un peu de temps pour retrouver des idées plus claires, et pour vous réorganiser psychologiquement.

Par ailleurs, vous savez très bien que vos proches seront eux aussi impactés par cette nouvelle. Et parfois vos pensées s’emmêlent aussi à l’idée que cela pourrait leur faire du mal, alors que c’est la dernière chose que vous souhaiteriez pour eux.

Quelques pistes pour que la situation s’améliore

– Annoncer cette nouvelle à vos proches est une épreuve. À moyen terme, il est fortement déconseillé de ne pas les informer, car un secret constitue toujours un véritable « mur » dans la communication avec vos proches. Et cela risque de compliquer considérablement la situation. De plus, même si votre première intention est de les protéger, ils pourraient vous en vouloir de ne pas leur faire confiance. Mais cela ne vous empêche pas de prendre le temps pour leur annoncer, le temps qu’il vous faut pour vous sentir « prêt », c’est à dire une fois que vous vous sentirez moins confus à cause du choc psychologique de l’annonce, et que vous vous sentirez en mesure de réaliser vous-même cette nouvelle. C’est une fois que vous vous sentirez davantage en position d’accepter la situation que vous pourrez plus facilement transmettre cette information à votre entourage.

– On ne se sent jamais totalement prêt à annoncer ce genre de choses à ceux qu’on aime ; c’est pourquoi il vous faut rester éclairé sur le fait que décaler ce moment, si cela peut être utile au début, peut devenir très limitant dans la relation avec vos proches. À un moment, cela devient en effet une illusion de l’esprit de penser que ça sera plus facile de l’annoncer demain, ou « plus tard ». Chaque jour qui passe complique un peu plus la situation, car vos proches pourraient ne pas comprendre que vous leur cachiez cette information, ce qui pourrait provoquer des conflits. Et ce n’est sans doute pas le moment.

– Enfin, en cas de grande difficulté pour annoncer la situation à votre entourage, vous pouvez demander à un membre du personnel médical de vous aider, en fixant un rendez-vous de consultation à une date précise, au cours duquel vous pourrez venir avec vos proches. Et si vous vous sentez perdu dans cette démarche, il vous est possible de joindre La Ligue contre le cancer par téléphone au 0 800 940 939 : au bout du fil, vos interlocuteurs sont formés pour vous aider et vous conseiller dans votre démarche.

Pour plus d’information, n’hésitez pas à contacter votre médecin.

FR-NON-00687


SOURCES

  1. American Cancer Society. Telling others about your cancer. 2016 : https://www.cancer.org/treatment/understanding-your-diagnosis/telling-others-about-your-cancer.html. Friday, September 15, 2017.

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