Jacques, acteur de sa lutte contre le cancer de la prostate

Jacques, tout commence (…) ici et maintenant

Jacques, 73 ans

12 Avril 2022
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Présentez-vous brièvement ?

Je m’appelle Jacques, je suis né en 1946 ce qui fait que si on compte normalement, j’ai 73 ans. On m’a dégotté un cancer j’avais 53 ans, ça fait donc un certain temps que je me bats contre ce cancer qui fut d’abord un simple cancer de la prostate. Puis, petit à petit, l’hiver 2012 2013, il s’est métastasé dans les os comme la plupart des cancers de la prostate d’ailleurs.

Depuis, je me suis beaucoup battu avec toutes les chimios toutes les choses etc. mais là je suis dans une phase où les métastases sembleraient prendre le dessus… Mais, mais, je ne me laisse pas faire !

Comment avez-vous découvert votre maladie ?

Ça c’est une histoire amusante, si on peut dire, et tout à fait par hasard. Mon généraliste, sur la région parisienne, c’était à Paris, mon généraliste que je connaissais depuis 20 ans, Serge, me dit un jour « Dis donc on n’a jamais regardé la prostate », bon j’ai dit écoute « Je te vois venir tu vas profiter pour… », « Arrête de déconner » me dit-il « on va regarder ça ». Il me regarde la prostate, me fait un toucher rectal, comme on fait normalement, et me dit « c’est bien gros cette prostate ». Donc, il me fait faire un PSA et je reviens avec ces analyses de PSA, je ne savais même pas ce que c’était, et je le vois qui regarde les résultats – j’avais 195. J’ai fini par dire « Mais qu’est-ce qu’il y a ? ». Il me dit « C’est pas bon du tout ou alors ils se sont trompés ». Voilà c’est comme ça qu’on a découvert parce que tout de suite évidemment, il me dit « on va faire une fibroscopie ». Alors moi, toujours envie de rigoler, j’ouvre mon carnet et je lui dis « attends, cette semaine je ne peux pas j’ai une réunion de machin ; je là je suis en train d’écrire ceci… ». Et le docteur m’arrête tout de suite et me dit « non, non, non, tu arrêtes tout, il n’y a pas de réunion… Tu le fais tout de suite, c’est demain le rendez-vous ». Ça m’a fait un choc. Et évidemment, le résultat était « cancer de la prostate ». Voilà comment j’ai appris, et à l’époque c’était pas du tout métastasé.

Alors j’ai fait le parcours classique : un premier hôpital où on m’a reçu, c’est mon docteur évidemment mon généraliste qui m’a envoyé là-bas. Ensuite évidemment j’ai eu droit à la radiothérapie plus l’hormonothérapie, mais alors c’est pas c’est pas rigolo… C’est pas rigolo parce que c’est ça ou mourir, il y a un moment vous apprenez que vous avez ça vous allez avoir de tels traitements comme ça, comme ça, comme ça, et on commence à comprendre que sa sexualité va en prendre un coup. Alors, il y en a que ça gêne plus ou moins, moi j’avoue que ça ne m’a pas faire rigoler, pas du tout même ; mais moi, j’ai choisi de vivre. J’ai choisi de vivre tout au long de mon combat avec cette espèce de saloperie qu’on appelle le cancer.

Souvent on dit, voilà il attrapé une maladie gênante ou une longue maladie… Mais il faut le dire, ça s’appelle le cancer ! Dire le nom des choses, c’est les faire exister, et si vous ne dites pas le mot « cancer », vous faites un déni or lui va continuer à vous ronger. Alors il vaut mieux l’appeler par son nom et se battre, et y aller. C’est ce que je pense en tout cas.

Qu’est-ce qui vous a le plus et le moins aidé dans votre parcours ?

Ce qui m’a le plus aidé d’abord c’est mon entourage. J’ai une femme qui a tenu le coup là-dessus, les enfants aussi. Il faut dire que j’avais une première femme qui était la mère de mes enfants qui est morte d’un cancer, un mélanome, alors dans la famille on commençait à être habitué. Donc l’entourage ça y fait beaucoup.

Une autre chose aussi qui m’a beaucoup aidé moi, c’est que je n’ai pas lâché prise dans le travail. J’ai préféré continuer à travailler, j’avais des responsabilités, j’étais directeur des productions dans une grande école donc j’ai suivi les productions, j’ai continué à enseigner et la relation aux autres, la relation avec les élèves, la relation sur des projets de films sur des choses comme ça, c’est ça qui est le sel de la vie. C’est avoir du plaisir à le faire, c’est avoir même de je dirais comment de la satisfaction à voir les choses prendre forme, s’investir dans quelque chose. Les projets, s’investir dedans, y aller, ne pas avoir peur etc. c’est la vie c’est la vie alors pour ça il faut garder du punch, il faut garder du jus, mais je vais vous dire plus vous donnez dans votre travail, plus en retour vous pompez. Ça vous prend de l’énergie mais ça vous en redonne et il faut garder de l’énergie.

Donc, moi, si j’ai un conseil à donner aux gens qui ont le cancer n’arrêtez pas de faire des choses, ne vous mettez pas dans un coin souffrir – là vous êtes fouttu.  Il faut continuer à faire des choses, il faut continuer à s’intéresser à la vie, à soi-même, il faut s’aimer soi, faut aimer les autres… Il faut exister !  L’existence c’est ça qui nous tient qui nous tient debout et qui nous fait nous battre comme il faut car il faut se battre. Enfin, se battre, c’est un grand mot. Moi j’ai pas eu conscience vraiment de me battre. Tout le monde trouvait que je me battais bien, moi je ne me suis pas transformé en guerrier, je n’ai pas une armure et une épée simplement il faut continuer à avoir envie de faire des choses, aimer faire des choses, sortir, bouger…

Moi j’écris, je travaille sur des scénarios, j’ai écrit un bouquin sur les techniques de cinéma à ce moment-là qui n’avais rien à voir avec le cancer bien sûr…

Le moins aidé…  C’est les gens qui justement disent « oh mon Dieu, le pauvre », « comment tu vas faire, comment tu vas t’en sortir » …

Mais moi, je n’ai pas d’aspect négatif et puis alors ce qui m’a beaucoup aidé aussi c’est la confiance que j’ai donnée parce que j’ai ressenti l’implication du personnel soignant.  Je veux dire tous les médecins que j’ai rencontrés dans cette partie de soins du cancer, pas simplement les médecins, les infirmiers et les infirmières, qui me donnaient les soins en particulier pour les chimios les choses comme ça mais ce sont des gens formidables ! Moi j’ai une grande confiance en eux, d’abord parce qu’ils donnent l’impression de connaître leur boulot premièrement ça c’est essentiel. Deuxièmement, parce qu’il y a une empathie qui se crée, on est porté aussi par eux et on leur rend cela. Moi, je leur dis, je le dis quand je suis content, quand je me sens bien avec eux… Il faut leur dire, ça les aide et ça leur fait du bien aussi.  L’empathie c’est un aller-retour et ça, ça aide beaucoup alors que si vous voyez des gens qui ne vous parlent pas, qui vous font la tronche… ça peut arriver, on peut tomber sur une infirmière qui est un petit peu bloqué mais c’est tellement rare. Vous savez, moi j’ai beaucoup voyagé et j’ai été malade dans d’autres pays, il faut voir comment c’est ailleurs. Et je vous garantis que si on a un peu circulé, la médecine en France, les hôpitaux en France, on peut être fiers de ce qui s’y passe parce que les gens sont formidables.

Moi c’est un peu spécial, j’ai accepté de participer à des exercices de recherches, à des protocoles. Pourquoi j’ai voulu participer à des protocoles ? Parce que je pars d’un point de vue, quitte à avoir une maladie à risque comme ça, autant participer à la recherche. Si on doit mourir, autant servir à quelque chose ; ça ne sert à rien de se réfugier dans son coin tout seul et se mettre à trembler. Autant que ça serve à quelque chose. Il faut donner un peu… J’ai donc participé à des protocoles et écris tout un cahier à la main, où je retranscrivais chaque jour ce qui se passais en moi, par rapport aux soins que je recevais, ce que je ressentais sur le plan physique, sur le plan moral… Finalement, ça a particulièrement intéressé l’infirmière qui suivait ce point de recherche et elle a photocopié mon cahier pour leurs recherches. Mais ça ne me parait pas glorieux, ça me parait normal, je pense que beaucoup de gens devrait le faire.

Quels conseils donneriez-vous aux autres patients ?

Ne croyez-pas que tout est fini ! Au contraire, tout commence car c’est une autre vie qui commence. Mais c’est une vie très intéressante, parce que justement, on se trouve mis dans des difficultés qu’on ne connaissait pas. Il y a une chose extraordinaire, on a l’impression de vivre comme si on était éternel, donc on se fout de tout, on est éternel. Et tout d’un coup, on nous dit qu’on a un cancer. Le cancer ça résonne comme quelque chose d’assez costaud, on ne s’en sort pas comme ça. Et alors, on se rend compte, en fait, on prend conscience de notre finitude. Et si on prend conscience de notre finitude, il y a deux solutions :  l’un c’est d’avoir peur et d’attendre que ça soit fini, d’abandonner ; la deuxième, c’est de se mettre à vivre réellement puisqu’on a plus beaucoup de temps. Et alors là, vivre ça veut dire quoi ? Ça veut dire : aimer les gens, prendre du plaisir à les rencontrer, avoir des projets, … et se libérer de tout un tas de choses qui ne servent à rien, se libérer aussi de ses propres préjugés, se libérer de ses peurs, … Oser être soi.

Moi je donnerai comme conseil aux patients : oser être vous-même, ne lâcher rien, continuer à vivre, continuer à avoir des projets, intéressez-vous au monde, sortez de vous, ne vous intéressez pas qu’à votre problème mais intéressez-vous à ce qui se passe autour. Ayez du courage ; mais ça le courage, on l’a c’est naturel…

Il y a un côté un peu angoissant, il ne faut pas se le cacher mais il y a un côté très positif aussi. Tout d’un coup, on se trouve confronté à de vraies difficultés, et là on mesure ses capacités, sa capacité à affronter les choses et ça vous donne la pêche ça ! Parce que vous commencez à surmonter des choses, à avoir de bons résultats… On « en chie », excusez le terme, mais c’est sûr que les chimio et tout ça, il y a des effets secondaires… Parfois, j’étais comme un légume, plus de force, plus rien du tout. Quand je pense que quelquefois, pour passer un simple coup de fil, il fallait que je prenne toutes mes forces, j’en avais pour une heure et demie à me décider à passer un simple coup de fil parce que j’étais fatigué, la morphine m’avait complètement assommé. Il y a des moments où c’es comme ça, il faut l’accepter aussi.  Il faut accepter d’être diminué et de se montrer diminué, ce n’est pas évident.

Quand on a une relation de vie avec quelqu’un, savoir que du point de vue de sa sexualité, on peut dire « au revoir » à tout ça, il faut le vivre ça aussi… Mais il faut faire un choix. C’est plus difficile, pour moi en tout cas, d’accepter d’être diminué de tout ça que de savoir qu’on risque de mourir. Je n’ai pas peur de la mort, mais je considère que ne plus vivre, c’est quand même une faute de goût. Tout d’un coup, mourir, ça m’emmerde parce que j’aime beaucoup la vie, parce que la vie est belle, parce qu’il y a les gens, parce que qu’est-ce qu’il y a de plus beau que de sentir le soleil se lever le matin, l’aube qui se lève, les odeurs, de voir un fleuve…

Moi, je suis du sud-ouest, j’ai passé mon enfance dans le sud-ouest au milieu des odeurs, des bêtes… La vie est formidable ! C’est un flot d’émotions permanent si on y fait attention et de ne plus vivre ses émotions là c’est extrêmement dommage. Donc, je n’ai pas envie de mourir, bien sûr… Mais je n’ai pas peur de mourir parce que je ne me fais pas un cinéma pour savoir ce qui se passe après, je m’en fous. Moi, c’est ce qui se passe aujourd’hui qui compte, ici et maintenant, et aujourd’hui.

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