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Cancer de la vessie et toxicités cutanées

Portrait de profil d'une femme dermatologue consultant un patient en clinique et examinant sa peau.

Certains traitements utilisés contre le cancer de la vessie, comme les thérapies ciblées ou l’immunothérapie, peuvent parfois provoquer des réactions sur la peau. Ces effets apparaissent parce que certaines molécules agissent aussi sur des cellules présentes à la surface de la peau, pas seulement sur les cellules cancéreuses. Cela peut entrainer des rougeurs, des démangeaisons ou une sécheresse cutanée. Leur forme et leur intensité peuvent varier d’une personne à l’autre. Dans certains cas, des réactions sévères peuvent nécessiter une consultation médicale urgente5. C’est pourquoi il est important de les repérer tôt et de les signaler à l’équipe soignante, car des solutions existent pour les soulager1,2.

Quand peuvent apparaître les effets cutanés ?

Les effets indésirables au niveau de la peau concernent environ 3 à 5 patients sur 10. Ils font souvent partie des premiers effets à apparaître, en général entre la 3ᵉ et la 4ᵉ semaine après le début du traitement. Cependant, leur survenue peut être retardée, y compris après l’arrêt du traitement5. Les signes sont variables, tant par leur forme que par leurs répercussions.

Quels sont les facteurs de risque ?

Il existe plusieurs facteurs de risque qui peuvent favoriser ces réactions :

  • Peau sensible ou fragilisée (eczéma, psoriasis…)
  • Chaleur excessive ou exposition au soleil
  • Zones de frottement (aine, aisselles…)3

Quels sont les signes principaux à surveiller ?

Une surveillance rapprochée, dès l’initiation de votre traitement, sera mise en place avec un examen cutané hebdomadaire surtout au niveau des plis inguinaux et axillaires. En parallèle, pensez à bien prévenir votre médecin dès l’apparition d’un ou plusieurs symptômes via votre plateforme de télésurveillance, si vous en disposez, ou par tout autre canal de contact.

Les effets cutanés sont classés selon leur gravité4.

GravitéSymptômes
Légère (Grade 1) Rougeur discrète de la peau, éruption
cutanée localisée, desquamation ou
démangeaisons limitées, peu gênantes.
Modérée (Grade 2)Eruption plus étendue ou inflammatoire, démangeaisons plus fortes, sécheresse ou desquamation plus marquées, fissures, entraînant une gêne dans les activités de tous les jours.
Sévère (Grade 3)Atteinte cutanée sévère ou sur une large partie du corps, lésions douloureuses, suintantes ou infectées, ulcérations, lésions entraînant une gêne importante dans les activités quotidiennes et nécessitant fréquemment l’interruption ou l’adaptation du traitement.
Très sévère avec mise en jeu du pronostic vital (Grade 4)Altération cutanée sévère et étendue, décollement de la peau, atteinte des muqueuses, mise en jeu du pronostic vital nécessitant une prise en charge médicale urgente.

Certaines réactions graves sont exceptionnelles mais nécessitent une prise en charge immédiate. Il peut s’agir d’une réaction inflammatoire aiguë importante qui se manifeste par :

  • Forte fièvre
  • Douleurs de la peau avant l’apparition des lésions
  • Éruptions rouges douloureuses qui s’étendent
  • Bulles, zones où la peau se décolle
  • Atteinte des muqueuses buccales ou génitales

Devant ces signes ou certains symptômes qui apparaissent de manières brutales, s’aggravant rapidement ou s’accompagnant d’une forte altération de votre qualité de vie, contactez au plus vite votre équipe médicale ou le 15.

Quelles sont les formes cliniques des lésions dermatologiques ?

Érythèmes (rougeurs cutanées)

Des plaques rouges, semblables à des coups de soleil, peuvent apparaître sur certaines zones du corps. Elles peuvent s’accompagner de desquamation (la peau pèle) et, dans certains cas, de gêne ou de douleur. Une protection solaire rigoureuse est indispensable pour limiter ces effets, car certains traitements rendent la peau plus sensible au soleil.

Image d'érythème

Éruptions cutanées

Certaines personnes peuvent développer des rougeurs accompagnées de petites taches ou de petites bosses (ce qu’on appelle une éruption “maculopapuleuse”)5. Il arrive aussi que des boutons ressemblant à de l’acné ou des plaques évoquant de l’eczéma apparaissent.

Ces éruptions surviennent généralement dans les premières semaines du traitement, et peuvent toucher les plis cutanés. Elles peuvent s’accompagner d’importantes démangeaisons (prurit) ou de sensations de brûlure5.

Image d'une éruption cutanée
Image d'une éruption cutanée

Dans la plupart des cas, ces réactions cutanées disparaissent à l’arrêt du traitement. Cependant, de façon exceptionnelle et notamment si elles ne sont pas prises en charge, elles peuvent s’aggraver et entraîner l’apparition de cloques ou même un décollement de la peau5. N’hésitez donc pas à informer votre équipe soignante dès l’apparition de ces symptômes via votre outil de télésurveillance ou par tout autre canal de contact. Vous pouvez également ajouter une photo pour mieux illustrer la situation.

Prurit (démangeaisons)

Pendant votre traitement, il est également fréquent de ressentir des démangeaisons de la peau, qu’on appelle “prurit”. Elles peuvent apparaître avec d’autres problèmes de peau (rougeurs, éruption, sécheresse) ou parfois sans rien voir de particulier sur la peau. Ces démangeaisons surviennent le plus souvent quelques semaines après le début du traitement (en général entre 3 et 10 semaines). Elles peuvent aussi, plus rarement, être le premier signe d’une maladie de la peau plus importante, d’où l’intérêt de les signaler tôt à l’équipe soignante. Pour limiter le prurit, il est conseillé d’avoir une hygiène douce : douches plutôt que bains, pas trop chaudes ni trop longues, utilisation de produits lavants sans parfum et de crèmes hydratantes sans alcool, et port de vêtements amples en coton. Selon l’importance des démangeaisons et leur impact sur votre sommeil ou vos activités, votre équipe pourra adapter la prise en charge : simples soins hydratants, traitements par comprimés contre les démangeaisons, et, si besoin, avis d’un dermatologue et crèmes spécifiques5.

Image d'un prurit

Vitiligo (taches blanches sur la peau)

Le vitiligo est un trouble de la pigmentation de la peau : il se manifeste par l’apparition de taches plus claires ou complètement blanches, bien limitées, qui peuvent toucher la peau, parfois les muqueuses (lèvres, bouche, zones génitales) et les poils ou cheveux dans certaines zones5.

Image d'un vitiligo

Il s’agit d’un effet indésirable relativement fréquent. Le vitiligo survient en général après plusieurs mois de traitement anticancéreux. Même s’il peut être gênant sur le plan esthétique et avoir un impact psychologique, le vitiligo n’impose pas d’arrêter le traitement anticancéreux. Il n’y a pas de traitement obligatoire : selon les cas, le dermatologue peut proposer des crèmes spécifiques, comme des dermocorticoïdes, sur les zones concernées, ou des solutions de maquillage/camouflage pour aider à mieux vivre ces changements d’apparence. Les taches peuvent persister même après l’arrêt de l’immunothérapie, mais ce type d’effet secondaire ne nécessite pas de suivi particulier en dehors du suivi habituel avec votre équipe soignante5.

Syndrome main-pied

Le syndrome main‑pied est un effet secondaire de certains traitements du cancer qui touche la peau des mains et/ou des pieds. Il se manifeste par des rougeurs, une sensation de brûlure ou de fourmillements, parfois des gonflements, une peau qui pèle et des douleurs, surtout à la marche ou quand on utilise ses mains. Selon la gravité, il peut aller de simples gênes sans impact sur le quotidien (grade 1) à des douleurs importantes avec cloques et fissures rendant les activités de tous les jours difficiles voire impossibles (grade 3)6.


La sensibilisation du patient aux moyens de prévention, aux signes précurseurs et à l’importance d’une prise en charge précoce, notamment avec un pédicure‑podologue, permet de protéger la peau, traiter les zones épaissies et soulager les symptômes. Elle contribue ainsi à maintenir au mieux le traitement anticancéreux et la qualité de vie6.

Quelles actions préventives mettre en place ?

Pour limiter l’apparition de ces effets secondaires, nous vous recommandons d’appliquer les conseils suivants3,5:

  • Hydratez votre peau quotidiennement avec une crème neutre (sans parfum), dès le début du traitement.
  • Protégez-vous du soleil : utilisez un écran solaire (indice 50+), évitez les expositions prolongées.
  • Ne pas gratter ou percer les lésions.
  • Évitez les bains chauds prolongés et les savons agressifs.
  • Observez votre peau régulièrement et signalez tout changement.

Quand prévenir mon équipe soignante ?

Il est important de contacter votre équipe soignante dès que vous observez l’apparition de rougeurs, de démangeaisons ou de lésions cutanées, même si elles vous semblent bénignes. De la même manière, si une éruption cutanée déjà présente semble s’étendre, s’intensifier ou changer d’aspect, n’hésitez pas à en informer rapidement votre équipe. Une prise en charge précoce permet souvent d’éviter une aggravation des symptômes et d’ajuster le traitement si nécessaire. Dans de rares cas, certaines réactions particulièrement sévères peuvent nécessiter une consultation urgente voire une hospitalisation5.

Respectez également les rendez-vous médicaux hebdomadaires (organisés au cours des premières semaines), en particulier pour surveiller l’état de votre peau dans les zones sensibles comme les plis, les aisselles ou l’aine3.

EN RÉSUMÉ

Dans le cadre du traitement mis en place pour votre cancer de la vessie, des effets secondaires cutanés peuvent survenir. Ils sont fréquents, mais le plus souvent bénins. Une prévention quotidienne, notamment par une bonne hydratation de la peau et une protection solaire adaptée, est essentielle. Dès l’apparition ou l’évolution de rougeurs, de démangeaisons ou de lésions cutanées, il est essentiel de contacter votre équipe soignante en personne ou via votre plateforme de télésurveillance. N’hésitez pas à joindre une photo de vos symptômes pour faciliter l’évaluation. L’équipe pourra ainsi apprécier la gravité des manifestations et adapter la prise en charge si besoin. Une intervention rapide permet le plus souvent de contrôler efficacement les symptômes et de poursuivre le traitement en toute sécurité.

Si vous ressentez un effet indésirable au cours d’un traitement, qu’il soit mentionné ou non dans cet article, parlez-en sans attendre à votre médecin/pharmacien/équipe soignante.
Vous pouvez également le signaler sur le site dédié du Ministère chargé de la santé: https://signalement.social-sante.gouv.fr afin de contribuer à fournir davantage d’informations sur la sécurité de votre traitement.

Cet article a été réalisé en collaboration avec Cureety.
Cureety est une plateforme de télésurveillance en oncologie.

  1. Postow MA, Sidlow R, Hellmann MD. Immune-related adverse events associated with immune checkpoint blockade. N Engl J Med. 2018;378(2):158–68.
  2. Lacouture ME, Sibaud V, Anadkat M, et al. Dermatologic adverse events associated with anti-VEGF therapies. Oncologist. 2015;20(5):524–34.
  3. Lacouture ME, Sibaud V, Anadkat MJ, et al. Prevention and management of dermatological toxicities related to anticancer agents: ESMO Clinical Practice Guidelines. Ann Oncol. 2020;31(11):1552–1568. doi:10.1016/j.annonc.2020.07.009
  4. National Cancer Institute. Common Terminology Criteria for Adverse Events (CTCAE) version 5.0. Bethesda, MD: National Cancer Institute; 2017.
  5. Journal Of Clinical Oncology,  2023 Jun 27;41(25):4107–4117. doi: 10.1200/JCO.22.02887
  6. Frontiers in Pharmacology, Décembre 2024. Volume 15. 10.3389/fphar.2024.1503154

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