Cancer et travail : quels sont vos droits et quelles démarches entreprendre ?
En France, plus de 433 000 personnes sont diagnostiquées d’un cancer chaque année et 40 % d’entre elles l’apprennent alors qu’elles sont encore en activité professionnelle1. Selon une enquête menée par l’INCa et Inserm2, seules un peu plus de la moitié des personnes touchées par un cancer gardent le même emploi. Cet article vous explique vos droits liés à l’arrêt de travail, les aides mobilisables et la préparation de votre reprise professionnelle.
Arrêt de travail et cancer : durée, indemnités, reprise
Un arrêt de travail est fréquent en cas de cancer et ouvre droit à des indemnités journalières après un délai de carence de 3 jours3. Selon la nature de la maladie et les traitements prescrits (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie), l’arrêt peut durer quelques semaines ou plusieurs mois.
Dans de nombreux cas, le cancer est reconnu comme une Affection de Longue Durée (ALD), ce qui permet une prise en charge renforcée des soins et facilite la gestion des arrêts de travail prolongés4.
Comment est prescrit l’arrêt ?
L’arrêt de travail peut être prescrit par3 :
- le médecin traitant
- un spécialiste, comme un oncologue
- un médecin hospitalier.
Une fois l’arrêt prescrit, le salarié doit transmettre l’avis d’arrêt3 :
- Volets 1 et 2 à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie, sauf si l’arrêt a été prescrit en ligne, auquel cas l’envoi est automatique.
- Volet 3 à son employeur.
Cette démarche envers l’employeur doit être effectuée dans un délai de 48 heures. Les arrêts peuvent être prolongés selon l’évolution des traitements et de l’état de santé 3.
Combien de temps peut-il durer ?
La durée dépend du type de cancer, des traitements prescrits et de l’état de santé. En règle générale, les indemnités journalières peuvent être versées jusqu’à 12 mois sur une période de 3 ans5, et jusqu’à 3 ans en cas d’affection de longue durée (ALD)6.
Lorsque l’état de santé s’améliore mais que la reprise à temps plein reste difficile, le médecin peut prescrire un temps partiel thérapeutique, souvent appelé mi-temps thérapeutique7. Ce dispositif permet de reprendre progressivement le travail, tout en continuant les soins.
Quelles indemnités journalières ?
Pendant l’arrêt de travail, la CPAM peut verser des indemnités journalières (IJSS) pour compenser la perte de salaire et valider vos droits à la retraite3. Les conditions varient selon la durée de l’arrêt et la situation professionnelle.
Le montant correspond à une partie du salaire journalier de référence, calculé à partir des salaires précédant l’arrêt, dans la limite de 2 522,52€ bruts (soit 1,4 fois le Smic mensuel sur la base du montant en vigueur au 1er décembre 2025)3.
En règle générale, les indemnités représentent environ 50 % du salaire journalier de base. Selon la convention collective ou l’entreprise, il peut aussi exister un maintien intégral ou partiel du salaire par l’employeur pendant votre arrêt de travail pour maladie3.
Peut-on travailler pendant les traitements ?
Oui, il est parfois possible de continuer à travailler pendant les traitements, si l’état de santé le permet. Certaines personnes choisissent par exemple :
- un temps partiel thérapeutique7 ;
- un aménagement de leurs horaires7 ;
- du télétravail lorsque cela est possible.
Chaque situation est différente. La décision doit toujours être prise avec l’avis du médecin et du médecin du travail, dans l’intérêt du patient et de son état de santé.
Préparer la reprise : visite de pré-reprise
Avant de reprendre le travail, une visite de pré-repriseauprès du médecin du travail peut être organisée à la demande du patient, du médecin traitant, de la médecine du travail ou du médecin conseil de l’assurance maladie. Cette pré-visite n’est pas à confondre avec la visite de reprise, qui est obligatoire et se déroule dans les 8 jours qui suivent votre retour dans l’entreprise 8.
Cette consultation de pré-reprise s’adresse à tout salarié en arrêt de travail de plus de 30 jours 8, elle permet notamment de :
- préparer le retour à l’emploi ;
- anticiper les aménagements nécessaires ;
- envisager une reprise progressive8.
Cette étape est importante pour faciliter une reprise durable et éviter les difficultés liées au retour à l’emploi.
A retenir
- L’arrêt de travail est fréquent en cas de cancer.
- Des indemnités journalières peuvent compenser la perte de salaire.
- Le temps partiel thérapeutique facilite la reprise progressive.
- La visite de pré-reprise avec le médecin du travail est essentielle pour préparer le retour à l’emploi.
RQTH, AAH, MDPH : quelles aides quand on a un cancer ?
Dans certaines situations, une reconnaissance administrative peut donner droit à différents dispositifs de soutien.
Qu’est-ce que la RQTH ?
La RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé) est un statut administratif accordé aux personnes dont l’état de santé limite l’accès ou le maintien dans l’emploi9. Cette attribution pour une durée d’1 à 10 ans renouvelable sur demande auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées)9.
Elle facilite l’adaptation du travail, l’accès à la formation et le maintien dans l’emploi. Elle peut être accordée à toute personne d’au moins 16 ans et à partir de 15 ans pour les personnes en apprentissage, lorsque9:
- les séquelles du cancer entraînent des difficultés professionnelles ;
- les traitements ont un impact durable sur les capacités de travail ;
- un aménagement du poste devient nécessaire.
La décision est prise par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH)9.
Comment faire une demande à la MDPH ?
La demande se fait auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH)9.
Les étapes principales :
- Remplir le formulaire Cerfa de demande MDPH9 ;
- Joindre un certificat médical de moins d’1 an et les autres pièces justificatives demandées10.
Le dossier est ensuite étudié par la MDPH avant d’être examiné par la commission compétente. Les délais peuvent varier selon les départements, mais il faut souvent compter plusieurs mois avant d’obtenir une décision9.
Il est possible d’être accompagné pour constituer le dossier par l’assistante sociale de votre employeur ou une autre du service social CARSAT (en appelant le 36 46)11.
L’AAH : qui peut en bénéficier ?
L’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) est une aide financière destinée aux personnes dont le handicap limite fortement la capacité de travailler13.
Pour en bénéficier, il faut notamment13 :
- Remplir des conditions médicales : présenter un taux d’incapacité d’au moins 80 %, ou entre 50 % et 79 % avec restriction d’accès à l’emploi (c’est-à-dire rencontrer des difficultés importantes d’accès à l’emploi du fait du cancer d’une durée prévisible d’au moins 1 an). Le pourcentage d’incapacité est évalué à partir d’un guide barème.
- Remplir des conditions administratives et des conditions de ressources inférieures à un certain plafond.
L’AAH est différente de la pension d’invalidité, qui, quant à elle, dépend du régime de Sécurité sociale et des cotisations12.
Quels avantages concrets pour l’emploi ?
Comme déjà évoqué, la RQTH et l’AAH peuvent offrir plusieurs avantages professionnels :
- aménagement du poste de travail ;
- accès à des aides financières de l’AGEFIPH ;
- accompagnement pour formation ou reconversion ;
- adaptation du temps de travail.
Elle peut aussi faciliter la mise en place d’un temps partiel ou d’une réorganisation du poste.
Tableau comparatif des dispositifs
| Dispositif | Objectif | Qui décide | Avantage principal |
| RQTH | Faciliter le quotidien professionnel des personnes en situation de handicap et leur insertion ou leur maintien dans l’emploi9. | CDAPH9 | Elle est valable entre 1 et 10 ans, et peut être renouvelée à votre demande. Elle ouvre différents droits et offre des avantages au quotidien9. |
| AAH | Soutien financier, cumulable avec un emploi salarié13. | CDAPH13 | Prestation financière versée par la Caisse d’Allocations Familiales ou la mutualité sociale agricole, selon le régime, pour garantir un revenu minimal13. |
Faut-il informer son employeur ?
Le salarié n’a pas l’obligation d’informer son employeur de son diagnostic. Le secret médical protège les informations relatives à l’état de santé. L’employeur ne peut pas exiger de connaître la nature de la maladie14.
Le médecin du travail joue un rôle central, car il peut recommander une adaptation du poste, une modification des horaires ou bien un reclassement si nécessaire.
Il est également important de rappeler que la discrimination fondée sur l’état de santé est interdite17. Un salarié peut être licencié pendant un arrêt maladie si son absence gêne le fonctionnement de l’entreprise. Il faut que les deux conditions suivantes soient remplies17 :
- L’absence (longue ou répétée) provoque une désorganisation dans l’entreprise.
- L’employeur est obligé de remplacer définitivement le salarié par une embauche en CDI.
Où se faire accompagner ?
Plusieurs structures peuvent accompagner les personnes atteintes d’un cancer dans leurs démarches sociales et professionnelles. Cet accompagnement est essentiel pour éviter les ruptures de droits et mieux comprendre les dispositifs existants. Mais cette décision doit être la vôtre, elle peut aussi engendrer des réactions négatives par peur ou méconnaissance de la maladie.
Vous pouvez contacter un assistant de service social auprès de15 :
- L’établissement de santé dans lequel vous êtes soigné
- Le régime d’Assurance maladie dont vous dépendez
- Votre caisse d’allocations familiales
- Votre caisse de retraite
- Cancer Info : une plateforme d’information pour les malades et les proches
- Ligue contre le cancer pour accéder à des services d’accompagnement adaptés
Emprunter après un cancer : le droit à l’oubli
Depuis la loi n°2022-270 du 28 février 2022, le droit à l’oubli permet aux personnes ayant eu un cancer de ne plus déclarer la maladie après un certain délai, désormais fixé à 5 ans après la fin du protocole thérapeutique, en l’absence de rechute16.
Concrètement, cela signifie que16 :
- La maladie n’a plus à être déclarée lors d’une demande de prêt immobilier
- L’assureur ne peut pas appliquer de surprime liée à l’ancien cancer.
De plus, pour certains prêts immobiliers inférieurs à un certain montant et remboursés avant 60 ans, le questionnaire médical peut être supprimé. Ces règles s’inscrivent dans la convention AERAS16, qui vise à faciliter l’accès au crédit pour les personnes ayant eu un problème de santé grave.
FAQ
Non. Le cancer ne donne pas automatiquement droit à la RQTH. Cette reconnaissance est accordée lorsque les conséquences de la maladie ou des traitements entraînent des difficultés durables pour exercer une activité professionnelle9.
Le licenciement ne peut pas être fondé sur la maladie elle-même. Il doit reposer sur un motif réel et sérieux indépendant de l’état de santé17.
La durée dépend de la situation médicale. En cas d’Affection de Longue Durée, les arrêts peuvent être prolongés pendant plusieurs années, sous certaines conditions6.
Il faut remplir un formulaire Cerfa de demande MDPH9, joindre un certificat médical et transmettre le dossier complet à la MDPH de son département10.
Oui. La pension d’invalidité et la RQTH sont deux dispositifs différents et peuvent être cumulés selon la situation18.
Oui. Grâce au droit à l’oubli, certaines personnes n’ont plus à déclarer leur ancien cancer après 5 ans sans rechute lors d’une demande de prêt16.
Pour aller plus loin
- Téléchargez le livret « Cancer et Travail » : https://www.cancer.fr/catalogue-des-publications/livret-cancer-travail
- Rejoignez le Club des Entreprises « Cancer et Emploi » pour accompagner vos collaborateurs touchées ou non par la maladie
- https://www.ligue-cancer.net/mes-droits-mes-demarches
- Institut National du Cancer (INCA). 10 ans du Club des Entreprises “Cancer et Emploi” : l’Institut national du cancer salue l’engagement des organisations membres. Mis à jour en décembre 2025. Consulté le 17/04/2026.
- Institut National du Cancer (INCA). La vie cinq ans après un diagnostic de cancer – Rapport. Publication en juin 2018. Consulté le 17/04/2026.
- L’Assurance Maladie ameli.fr. Arrêt de travail pour maladie : les indemnités journalières du salarié. Janvier 2026. Consulté le 17/04/2026.
- L’Assurance Maladie ameli.fr. Qu’est-ce que le dispositif appelé Affection Longue Durée (ALD) ? Janvier 2026. Consulté le 17/04/2026.
- Service Publique.gouv.fr. Arrêt maladie : indemnités journalières versées au salarié. Janvier 2026. Consulté le 17/04/2026.
- Institut National du Cancer (INCA). Les revenus pendant un arrêt de travail. Mis à jour en février 2026. Consulté le 17/04/2026.
- Institut National du Cancer (INCA). Retourner au travail après le traitement. Mise à jour en décembre 2021. Consulté le 17/04/2026.
- Ligue contre le cancer de la Loire. Brochure. Bien préparer votre retour au travail. Consulté le 17/04/2026.
- Code du travail.gouv.fr. Qu’est-ce que la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) ? Mars 2026. Consulté le 17/04/2026.
- Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA). Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) en ligne. Consulté le 17/04/2026.
- L’Assurance Maladie ameli.fr. Le service social de l’Assurance Maladie, votre accompagnement social en santé. Consulté le 20/04/ 2026.
- L’Assurance Maladie ameli.fr. La pension d’invalidité : définition et conditions d’accès. Consulté le 20/04/2026
- Mon Parcours Handicap.gouv.fr. L’allocation aux adultes handicapés (AAH). Mis à jour en décembre 2025. Consulté le 17/04/2026.
- Service Publique.gouv.fr. Secret médical : de quoi s’agit-il ? Novembre 2025. Consulté le 17/04/2026.
- Institut National du Cancer (INCA). Les professionnels et lieux d’information pour vous aider à vous orienter. Mars 2026. Consulté le 17/04/2026.
- Légifrance.gouv.fr. LOI n° 2022-270 du 28 février 2022. Consulté le 17/04/2026.
- Service Publique.gouv.fr. Licenciement d’un salarié en arrêt maladie dans le secteur privé. Octobre 2025. Consulté le 17/04/2026.
- Mon Parcours Handicap.gouv.fr. La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Mis à jour le 15/04/2025. Consulté le 21/04/2026.
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